Souzouki

SOUZOUKI un maître du Collage depuis les années 1930

Ryuitchi SOUZOUKI (1904—1985)

Ryuitchi SOUZOUKI né à Yokohama « . . .a étudié la peinture à l’Ecole des Beaux-arts de RIO de JANEIRO — ayant dû suivre son père au BRESIL -, avant de s’installer à PARIS en1922… » (1)

A peine arrivé en FRANCE et à PARIS, il y expose pour la première fois, à la galerie Manuel Frères. A cette occasion paraît un catalogue avec en ouverture cette phrase du poète Paul FORT : » L’Art de mon jeune ami Ryuitchi SOUZOUKI jeune, spontané, audacieux, est, à mon avis, tout génial. » Avec ce soutien et celui d’un autre grand écrivain André SALMON,
SOUZOUKI fait son entrée dans le monde de la Peinture.

Si le propos n’est pas ici de retracer son itinéraire d’artiste mais de mettrenl’accent sur ses collages, il est à remarquer qu’il est un talentueux représentant de l’ECOLE de PARIS. Il est présent à partir de 1923 aux Salons d’Automne, aux Salons des Indépendants et ceux des Tuileries. (1).

Ami de FOUJITA avec qui il fréquente les maisons closes, il est aussi celui de Maurice HENRY l’un des membres du GROUPE SURREALISTE.

Son influence est aussi visible dans les œuvres de créateurs appartenant au GROUPE PANIQUE INTERNATIONALE tels qu’ARRABAL ou Roland TOPOR à l’examen de ses dessins et collages datés des années 1930, La revue «Bizarre » éditée par Jean-Jacques PAUVERT fait paraître des dessins de SOUZOUKI et Eric LOSFELD qui fut l’éditeur de Benjamin FERRET nous donne à lire dans les années 1960 un recueil de ses dessins inspirés par Brigitte BARDOT.

Dessins et collages sont des éléments importants de son œuvre. Le Collage chez lui prend une allure qui le lie avec les mouvements les plus corrosifs de notre culture. Mais avec des particularités et un souci d’indépendance. SOUZOUKI est un maître du Collage dadaïste et
surréaliste des premières heures, un maître qui ne veut appartenir à aucune chapelle parce qu’il ne peut pas être uniquement rattaché à ces mouvements. Car il apporte au Collage ses propres conceptions.

Il est un fait singulier qui lie chez lui dessins et collages. Au lieu de conserver ces deux types de travaux dans des cartons à dessins, il les rassemble dans des albums et en colle un ou plusieurs par page avec sur la première de couverture des indications de date et parfois de thèmes. Des cahiers ne comprennent que des dessins, d’autres uniquement des collages et certains les deux à la fois dans des proportions inégales. Le tout disposé sur des étagères. Et cela perdure tout au long de sa vie, les étagères se remplissant de plus en plus d’albums.

Un comportement peu ordinaire qui ferait penser à certains aspects de l’Art brut ! Quel sens cela prenait-il aux yeux de SOUZOUKI?

SOUZOUKI a su nous donner à voir une diversité de collages.

Dans certains il peut se rapprocher de ceux qu’on trouve dans « Der dada 3 » édité par MALIK VERLAG à BERLIN en 1920 où se côtoient Raoul HAUSMANN ou John HEARTFIELD. Quelques uns évoquent ceux de Kurt SCHWITTERS.

D’autres sont des clins d’œil adressés à certaines pièces des cubo-futuristes, et d’autres encore ne sont pas éloignés de ceux de Max ERNST et même de ceux d’un autre surréaliste touché récemment par la notoriété Georges HUGNET pourtant membre du GROUPE SURREALISTE en 1932.

Des collages de SOUZOUKI sont faits principalement de fragments de journaux ou de photographies ou de cartes postales assemblés. Le monde de la communication – les media en général – constituent sa principale matière première. De temps à autre il choisit une publicité qui prend sens à ses yeux sans qu’iI n’ y apporte aucune modification. Voilà une première catégorie de Collages.

D’autres comprennent des interventions graphiques : ses dessins s’ajoutant aux éléments du monde de l’information. Ou bien les interventions ont lieu directement sur les fragments de papier découpé et collé retravaillés par des traits ou des couleurs ou de l’écriture. Ou des parties du collage (texte ou image) sont entourées de traits rouges ou d’une autre couleur. Une seconde catégorie de Collages.

Ou SOUZOUKI procède sur un même plan par couches successives de collages ou de fragments d’éléments du monde de l’information (strates superposées les unes sur les autres comme des sédiments) dont il entoure ou non certaines parties, en ajoutant ou n’y ajoutant pas ses propres propos (dessin ou écriture), des collages qui se lisent comme on tourne les pages d’une revue ou d’un journal. Une troisième catégorie qui comprend les caractéristiques des deux premières catégories et qui met en évidence le fait que l’artiste est en train de bouleverser les notions mêmes du Collage hérité des débuts du XXème siècle.

Enfin il donne à voir une création radicale qui lui semble spécifique : le livre-collage parfois la revue-collage. Une quatrième catégorie nous permettant d’appréhender à la fois la complexité de son œuvre et en même temps l’impérieuse nécessité d’y voir clair dans tout
cela. SOUZOUKI s’approprie un ouvrage (généralement important dans le domaine del’Histoire de l’Art, ou de la Littérature, dans l’univers de la Culture. . .ou autre) qu’il recouvre de ses propres visions : papiers découpés extraits de journaux. On y retrouve de temps à autre ses dessins, ses écrits et des couches successives d’éléments collés les uns sur les autres qu’on peut feuilleter et qui viennent s’ajouter aux pages d’un ouvrage initial qui est métamorphosé.

Tout cela n’est qu’une entrée en matière pour cerner ce que nous avons la chance de voir : une partie d’une collection des collages de SOUZOUKI, produite dans les années 1930 qui est là pour nous interpeler et nous questionner sur le pourquoi d’une pareille démarche quand on sait que sa production de collages ne s’éteindra qu’avec la mort.

Une approche thématique ajouterait à la compréhension, mais un parti pris lié à la description des différents types de Collages nous rend plus lisible sa part d’invention dans ce domaine. Si des thèmes récurrents comme celui de la Femme, du Sacré, de l’Irrévérence ou du Droit au Blasphème traversent la majeure partie de tout ce qu’il crée, ils ne nous permettent pas d’établir véritablement en quoi SOUZOUKI bouleverse et révolutionne la notion de Collage. Car ces thèmes appartiennent aussi à de nombreuses œuvres d’artistes de différentes périodes.
Son apport essentiel réside dans une remise en cause de la structure du Collage et certaines
des catégories décrites ici en sont les prémisses d’une démonstration. SOUZOUKI introduit aussi une notion spatiale : l’inévitable manipulation qui vient de la lecture d’un ouvrage quand on désire regarder ce qu’il nous donne à voir. Avec l’inévitable manipulation l’œil parcourt de multiples surfaces parties prenantes d’un même plan…

 

Après une vie passée principalement à PARIS et à MONTPARNASSE jusqu’ au début des années 1980, Ruytchi SOUZOUKI « mourut au JAPON vers 1985 ». (1)

Remerciements à Monsieur Dimitri SALMON quant à la méthode choisie pour effectuer cette présentation des œuvres de SOUZOUKI.

Il a été effectué un document témoin allant de la première jusqu’à la dernière page (y compris première et quatrième de couverture) de chacun des albums dont ces collages sont extraits. De cette manière s’ils existent de façon indépendante comme à l’instant où ils ont été conçus lors de cette exposition, il reste une trace de l’ordre dans lequel SOUZOUKI les a rassemblés par la suite.

(1) Ces informations proviennent du catalogue bilingue établi par M. Dimitri SALMON et intitulé : « Sur l’entourage de Toyosaku Saïto et de sa famille : renseignements inédits relatifs à la présence en France, de quelques artistes japonais du siècle écoulé ». (Musée
d’Art Moderne, Saitama).

Remarque :
Si chaque album ou cahier de SOUZOUKI est daté par ce dernier, cela ne signifie pas nécessairement que les œuvres qu’il contient ont été créées et insérées à cette époque. L’artiste effectue des retours en arrière et selon son inspiration, semble-t-il, revient sur certaines de ses compositions pour les compléter avec des fragments provenant de l’univers des média, fragments qui peuvent être postérieurs à ce qu’il nous indique. Cela rend difficile une approche diachronique car ce trait se retrouve dans beaucoup de ses albums.

Henri Enu, Paris 2012

L’ECOLE JAPONAISE MODERNE un novateur :

Ruytchi SOUZOUKI

Ruytchi SOUZOUKI , ce parisien de Montparnasse introduit L’ECOLE JAPONAISE MODERNE dans une nouvelle direction de I’Art, celle du COLLAGE et du PHOTOMONTAGE.

Certes, à en juger d’après les collections existantes, ses premiers collages ne semblent pas être antérieurs aux années 1930. Il intervient aux premiers frémissements du collage et du photomontage qui commencent à interpeler notre regard et notre conscience.

Bien évidemment l’histoire du collage est très ancienne. Très,proche de notre époque DUFRESNY à la cour du roi Soleil, à Versailles crée des documents constitués de différentes gravures.

SOUZOUKI s’inscrit dans une tradition qui connaît une rupture radicale avec le DADAÏSME, un jaillissement et un bouleversement des bases mêmes de I’Art et de la Création.

En 1912 Juan GRIS donne à voir “Le Lavabo” (bouts de miroirs collés), dans la même période PlCASSO expose “Nature morte à la chaise tannée”, “Violon et feuille de musique” (papiers collés sur carton), “Verre et bouteille de Suze” (papier collé, gouache et fusain)… en 1928 le grand collage du Minotaure… en 1938 un autre collage de grande taille “Les Femmes à leur toilette”.

SOUZOUKI est là, à Paris, à un moment décisif de l’histoire de I’Art moderne avec des courants comme le DADAÏSME, le CUBISME, le FUTURISME, le CUBO-FUTURISME, le SURREALISME qui traversent toutes les frontières : l’Espagne, l’ltalie, la Russie, l’Allemagne, la Hongrie, la France, les Etats-Unis…

Avec des artistes comme RODTCHENKO qui pour l’illustration de “Pro Eto” de MAÏAKOVSKY réalise 30 photomontages. Ou comme Lajos KASSAK l’éditeur de la revue “Ma” qui expose ses collages en Autriche à Vienne.

Par ses œuvres SOUZOUKI rejoint des artistes comme John HEARTFIELD, Kurt SCHWITiERS, Max ERNST, Juan GRIS, Hanna HÔCH, Raoul HAUSMANN, Lazar LISSITZKY, Sandor BOTNYIK, Georges HUGNET, Raoul MICHAU, Robert MOTHERWELL, Enrico BAJ, Robert RAUSCHENBERG, Jasper JOHNS, Jiri KOLAR, Claude PELIEU, Daniel SPOERRI…

Quand SOUZOUKI, très tôt dans sa carrière, s’approprie un fragment de journal, une publicité ou une carte postale ou une photographie, il devient malgré lui l’inventeur d’une catégorie de READY MADE.

Lorsqu’il modifie une publicité ou des éléments comme un personnage qu’il extrait d’un livre, d’une revue ou d’un journal, qu’il découpe et y ajoute des « messages personnels » il inaugure une démarche qui est celle du DETOURNEMENT dont la formalisation est effective sous la plume de Guy Ernest

DEBORD et Gil J. WOLMAN dans « Mode d’emploi du détournement » paru dans LES LEVRES NUES (N°8, mai 1956).

Reconnu par certains grands peintres japonais peu connus en France, comme Shikanosuke OKA (1) et Shizuka MURAYAMA (1) qui vivent à son époque on ne peut s’empêcher de penser à la curieuse destinée d’un artiste incontournable et d’une œuvre aussi importante qui reste oubliée, occultée ou ignorée pendant de nombreuses années.

Actuellement nous attendons la sortie d’un livre important de 224 pages consacré à la première période des dessins de SOUZOUKI, son titre « SOUZOUKI », son auteur: Dimitri SALMON, l’éditeur: Les Editions de l’usine.

Henri ENU

Paris, le 18 février 2015

Note

1)Shikanosuke OKA (1898—1978) effectue ses études à I’Ecole Nationale des Beaux-Arts de TOKYO. En 1925, à Paris il se perfectionne au contact de Léonard-Tsugouharu FOUJITA (1886-1968) et se lie d’amitié avec BONNARD, MARQUET, LAPRADE. ll est l’un des maîtres de l’Ecole japonaise moderne reconnu dans les grandes collections privées et celles des Musées.

Shizuka MURAYAMA (1918-2013) connaît un destin différent. Il fréquente les cours des Beaux-Arts de KAWABATA. En 1940 « …il découvre au Musée métropolitain de TOKYO l’œuvre de Shikanosuke OKA et devient son disciple.» (extrait du document mentionné à la fin de cette note) Après d’importantes expositions au JAPON, dans les années 1950, il s’installe définitivement en France où l’une de ses premières rencontres se passe avec FOUJITA. Converti comme ce dernier au catholicisme il devient citoyen français. Son œuvre est honorée dans les deux pays. Les liens entre ces deux artistes et Ruytchi SOUZOUKI sont mentionnés dans un ouvrage en langue française et en langue japonaise, intitulé : « M l’entourage de Tozosaku Saïto et de sa famille: renseignements inédits relatifs à la présence, en France, de quelques artistes japonais du siècle écoulé » par Dimitri SALMON (Publication du Musée d’Art moderne, Saitama 2004)

Ruytchi SOUZOUKI : GALERIE VALLOIS 41 rue de Seine / 75006 Paris/ T +33 (01) 43 29 50 60

 

 

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